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martedì 17 febbraio 2009

Entretien avec Philippe Ariès, Paris avril 1981

Serge Cosseron et Bruno Somalvico: Philippe Ariès, vous ne participez pas tout du moins dans votre formation et dan la façon dont vous avez travaillé l'histoire, vous n'avez pas participé disons de "l'establishment historiographique par contre vous avez choisi une autre méthode, une autre approche de l'histoire de façon un peu marginale, vous vous êtes qualifié d'historien du dimanche. Qu'en est il exactement ?

Philippe Ariès : "historien du dimanche" parce que je travaillais pendant le reste de la semaine à autre chose pour gagner ma vie mais je ne pense pas que ma méthode ait été vraiment différente de celle des autres historiens, c'était toujours le mime souci de partir du document. Là où je diffère, c'est parce que j'étais tout à fait indépendant des chapelles, des problématiques quiz au lendemain de la guerre étaient assez impérieuses. On était dominé par l'histoire économique et sociale d'une part et par l'histoire démographique de l’autre- L’histoire démographique m'a beaucoup intéressé, l'histoire économique et sociale je l'ai suivie, mais de loin. Je suis toujours parti d'une curiosité d'aujourd'hui. Chacune de mes démarches d'historien est partie d'une question que me posait le monde tel que je le voyais sous mas yeux., Voici un exemple: au lendemain de la défaite française de I939 - 1940, je sortais tout frais moulu de l'université, où j'avais fait des études d'histoire - tout ce qu'il y a de plus classique à cette époque là -. Tout le monde se demandait pourquoi les Français avaient été battus. Pour la première fois de ma vie, j'ai entendu annoncer une explication qui n'était pas du type habituel des explications politiques. Un fait politique comma la guerre, la défaite, était expliquée par un fait non politique qui était démographique. On disait, c'était la terminologie de Vichy à l'époque: "Nous avons été battus parce que nous n'avions plus d'enfants, parce qu'il y avait une démographie en baisse", etc...
Alors ça m'a frappé et j'ai voulu voir d'un peu plus près, je suis allé consulter les statistiques démographiques (ce n'était pas si commode à l'époque car l'institut des études démographiques, n'existait pas encore) mais j'ai découvert un monde absolument nouveau et passionnant et à cette occasion j'ai complètement oublié quelle avait été ma première motivation, j'ai été pris à la gorge par ces statistiques qui m'ont paru un langage qu'il fallait décrypter et qui me permettait de comprendre ce que les hommes d'autrefois n'avaient jamais dit mais qu'ils avaient signifié silencieusement dans les statistiques c'est à dire comment ils mouraient, comment ils couchaient, comment ils faisaient l'amour, comment ils avaient des enfants ou comment ils n'en avaient pas, comment ils se déplaçaient etc. Alors cela a été pour moi une sorte de révélation et à partir de ce moment là j'ai fait un livre d'histoire démographique si on peut dire qui s'appelait Histoire des populations françaises et de leurs attitudes devant la vie et j'avais même ajouté "devant la mort" et c'est mon éditeur de l’époque qui me l’a fait supprimer par ce qu’il trouvait que cela faisait un peu triste ... A ce moment là j'ai découvert le monde de sources et de problèmes où je me suis installé jusqu'à aujourd'hui et qui a fait de moi soit un historien de l'enfant, soit un historien de la mort, sans que je sois vraiment un spécialiste ni de l'un ni de l'autre, parce que ce qui m'intéresse réellement, ce n'est pas la famille, ce n'est pas l'enfant, ce n'est pas la mort, mais c'est une zone qui se situe entre la nature et la culture pour employer les termes de Lévi Strauss ou plus exactement entre la biologique et le mental.. On pourrait faire des choses sur la sexualité, sur l'attitude devant la ville, toutes sortes de phéno¬mènes qui sont mal aperçus par les contemporains eux-mêmes et par ceux qui les vivent mais qui sont probablement les choses les plus importantes qui t déterminent notre comportement.

Serge Cosseron et Bruno Somalvico Vous êtes donc attaché aux pratiques des gens sans que pour autant ces pratiques se soient faites consciemment à l'époque où elles se faisaient. C'est la frontière floue entre l'inconscient et le conscient que vous avez voulu dégager ?

Philippe Ariès : C'est exactement cela sans qu'on puisse trouver de terme pour le définir. On a parlé "d'inconscient collectif", j'ai parlé "d'inconscient collectif” on me l'a reproché - ; peu importent les mots, mais c'est tout ce monde flou qui est à mon sens ce qu'il y a de plus profond, de plus déterminant pour l'homme de toutes les époques. C'est ce qui fait l'identité d'un homme à une époque donnée plus que toutes les idéologies et plus que toutes les réflexions volontaires sur la vie, la mort etc.

Serge Cosseron et Bruno Somalvico Dans la mesure aussi où vous avez quand même essayé de dresser des fresques assez importantes tout du moins dans le temps, c'est toujours sur 2,3 siècles. En fait, vous interrogez un peu l'historiographie traditionnelle lorsqu'elle essaie de voir un peu l'évolution historique sous une forme linéaire. Vous vous êtes un peu insurgé contre cette idée là, qu’en pensez vous ?

Philippe Ariès : Oui, c'est à dire que premièrement dans ce que vous dites il y a l’élément longue durée. Il est certain que le type de phénomène que j'étudiais et c'est peut-être dans ce sens là que je me suis le plus écartée au début de l'histoire universitaire quoique j'aie eu un très brillant devancier comme Marc Bloch qui a fait une histoire agraire de 1000 ans mais les phénomènes que j'étudiais et ne pouvaient pas être compris sur des périodes trop courtes car ces périodes trop courtes ne permettaient pas de voir des changements. Pratiquement, l'attitude devant la vie, devant la mort, devant l'enfant, devant la famille qui sont des phénomènes qui paraissent et qui ont paru immobiles c'est pour cela qu'on pensait qu'ils faisaient partie du biologique parce que justement leur évolution était très lente et dépassait la durée d'une génération. Il fallait pour saisir leur particularité se situer dans une période beaucoup plus longue.
Le second point de votre question est le caractère non linéaire. C'est vrai mais ce n'est pas seulement le fait que cette évolution ne soit pas linéaire mais c'est aussi et surtout le fait que cette évolution (car il y a évolution, ce n'est pas toujours la même chose) corresponde à des lois, le mot est trop rigoureux, à des conditions qui ne sont pas les mêmes que celles i de l'histoire politique, économique et même religieuse. Les historiens appellent ça une périodisation, ils divisent le temps en un certain nombre de périodes a et bien presque tout le monde connaît les grandes périodisations : la Renaissance, l'époque classique, l'époque révolutionnaire... Je pense que ce découpage n'a aucun sens dans le type d'histoire que je fais alors il a fallu trouver autre chose. Je voudrais ajouter quelque chose. Je vous disais au début de notre entretien que je partais toujours d'une réflexion, d'une observation sur le monde contemporain et cela a toujours été vrai. Sur la famille par exemple, je suis parti d'une contradiction entre ce que j'entendais dans mon milieu qui était un milieu catholique, traditionaliste, conservateur mettons de droite et qui pensait que la famille était une institution en pleine décadence depuis la Révolution française et d'autre part, les quelques vagues observations que je pouvais faire me donnaient le sentiment que c'était juste le contraire et qu'on était dans une période où la famille se fortifiait avec de plus en plus d'importance que le comportement de l'individu. C'est cette observation qui a fait question et qui m'a fait dire: mais après tout, est ce que c'est vrai ou non et quand je me pose une question comme ça, mon premier réflexe est d'aller voir comment cela se passait avant et c'est comme, ça que j'ai été amené soit pour l'histoire de l'enfant et de la famille d'une part soit pour l'histoire de la mort d'autre part en partant d'une observation d'un phénomène contemporain á remonter en arrière et même quelquefois beaucoup plus loin que je ne le pensais au début.

Serge Cosseron et Bruno Somalvico C'est une méthode réflexive qui a en même temps comme but de démythifier tout ce que la fausse mémoire populaire (ou d'autres couches sociales) engrange et affirme comme principes moraux, comme défense de valeurs...

Philippe Ariès : Cela permet de poser les problèmes autrement. L'ex le plus frappant est celui de la famille parce que tout le monde pensait que la famille était une institution en pleine décadence alors qu'il m'a semblé que c'était juste le contraire et qu'aucune époque n'avait eu le sentiment de la famille aussi fort que le XIXème et le XXème siècle.

Serge Cosseron et Bruno Somalvico Si vous voulez, on peut en venir concrètement aux choses en commençant par la structure de la famille. Est-ce qu'il y a dans l'évolution des 2 ou 3 derniers siècles une structure de la famille autour de l'enfant ? C'est à dire à quel moment l'enfant est une découverte en tant que telle , quel statut a t il car il apparaît qu'il gagne un statut au cours du XVIIIème et est ce qu'il le gagne seulement dans le monde urbain, que se passe¬-t-il pour lui dans la société paysanne?

Philippe Ariès : On m'a fait dire des bêtises. On m'a fait dire que l'enfant n'existait pas au Moyen age, j'ai pu le dire comma une sorte de boutade mais bien entendu que l'enfant existait au Moyen Age. Ce que je pense, c'est qu'il y avait une existence très courte souvent très t8t mais ensuite il viei'2lissait très vite et alors ce qui me parait une caractéristique de nos anciennes sociétés, c'est que l'enfance était très courte et que très tôt l'enfant était retiré j du monde des femmes où il passait ses premières années pour être projeté au milieu des adultes et où ils vivaient comme eux apprenant à vivre avec eux, en somme une société qui était basé sur un type de transmission des valeurs ou des savoirs qui était l'apprentissage et non pas l'école, c'est ça qui me parait un phénomène essentiel. Dans ce type de société, je ne prétends pas que la famille n'existait pas, elle avait une existence économique certaine, c'était une unité économique, c'était aussi un moyen de transmission des biens matériels mais aussi moraux comme l'honneur(ce sentiment avait dans toutes les classes sociales y compris paysannes, une importance que nous n'imaginons pas aujourd’hui) mais je ne pense pas quelle ait eu la fonction affective de sensibilité, de sentiment que nous lui reconnaissons aujourd'hui et je pense alors que cette fonction là indispensable était assumée en partite, par la famille mais pas seulement, en outre par ce qu'on pourrait appeler la communauté c'est à dire une unité sociale plus large où la famille était comme noyée et qui comprenait d'autres parents, des voisins, des amis, enfin quelque chose de beaucoup plus fou et de beaucoup plus vague. Un historien anglo-américain "Laurence Stone" a employé une expression que je trouve très bonne pour caractériser ce type de famille, il a dit quelle était "poreuse" et en effet, tout passait à travers. Alors, dans ce type de famille, l'enfant appartenait à quelque chose de plus large que la famille, au milieu. Il est bien entendu que dans ce type de famille, la psychanalyse n'avait pas de sans, parce que les rôles parentaux pouvaient être repris par beaucoup d'autres candidats, il n'y avait pas que le père ou la mère naturelle.

Serge Cosseron et Bruno Somalvico Y avait il différenciation des sexes par rapport aux jeunes garçons, aux jeunes filles et jusqu'à quel age ?

Philippe Ariès : La différentiation des sexes était tout à fait considérable en ce sens qu'elle 's'étendait à la société toute entière. Il y avait le monde des hommes et le monde des femmes. Les filles restaient plus longtemps avec les femmes de leur maison que les garçons mais elles étaient aussi exportées. Elles allaient comme petites servantes chez des parents au lointain...Mais le phénomène qui s'est passé qui me parait capital pour l'homme culturel de l'occident latin, c'est le manent où on est passé d'une société de l'apprentissage (la transmission des valeurs se faisait par ce biais) à une société où la transmission se faisait par l'école. Par conséquent, au lieu de se faire par le contact direct des enfants avec les adultes, cela se faisait dans un milieu à part et les jeunes étaient séparés du reste de la société, une sorte de quarantaine, de mise entre parenthèses alors, à partir de ce moment là, l'enfance d'abord puis la jeunesse ou l'adolescence ont existé en mettant existé entre guillemet parce qu'ils n'étaient pas inexistants avant. Ils ont pris une durée qu'ils n'avaient pas avant, c'est très intéressant me semble t il parce qu'il y a une relation entre cette attitude devant l'enfant d'une part et avec le caractère dominant de la culture. Quant on a affaire à une culture à dominante orale (où la transmission se fait par la parole on a une société d'apprentis sage et par conséquent une société où l'enfant est raccourci, télescopé, et, au contraire lorsqu'on a affaire à une société où la transmission se fait par l'écriture et par conséquent par l'enseignement de l'écriture, on a une société basée sur l'école, ce qui implique que l'enfance est allongée. Et ces sociétés, ce n'est pas seulement la n8tre à partir du XVIème ou du XVIIème, mais ça peut être aussi bien la société gréco-romaine qui était également au moins pour les hommes libres fondée sur l'école. Je pense à deux époques plus anciennes c'est à dire avant ce qu'on pourrait appeler cette révolution de l'école, la différenciation des sexes se faisait dans la société toute entière. Il y avait des rôles d'hommes et des rôles de femmes et très t8t les enfants étaient adaptés à ces rôles homme ou femme.. A partir du moment où l'école est intervenue, il se peut que les petites écoles n'étaient pas mixtes. Elles devaient l'être très souvent, il n'y a qu'à voir dans les peintures hollandaises, vous avez des garçons et des filles qui sont mélangés. L'église protestait toujours contre cela et ceci est la preuve qu'il y en avait pas mal.

Serge Cosseron et Bruno Somalvico Ce sont des écoles de village ?

Philippe Ariès : Oui, il y avait des écoles de village mais aussi des écoles de ville, des petites écoles de ville. Toute la pression de l'église à partir du XVIème, XVIIème s'est faite pour séparer les garçons et les filles. Par conséquent, les filles ont conservé pendant très longtemps un mode de vie qui était antérieur à la révolution de l'école. Elles ont continué à vivre à la maison, non pas nécessairement dans la maison de leurs parents mais elles l`ont continué à vivre selon les rites traditionnels de l'apprentissage alors que leurs petits, frères étaient engagés dans une civilisation de l'école. Ce qui fait que ça a crée un décalage entre les garçons et les filles. Les filles ont eu des méthodes d'alphabétisation - on connaît ça bien depuis les travaux de François Furet et de Jacques Osouf - qui étaient intermédiaires entre l'apprentissage ancien et la scolarisation nouvelle, c'était des espèces de petites écoles si j'ose dire. Une femme apprenait à lire à deux ou trois petites filles et nous savons ça très bien parce que c'est représenté dans nombre de tableaux dans les églises, c'est la leçon de lecture de la Vierge où on voit St Anne apprendre à lire à la Vierge, c'est tout à fait typique d'un mode d'éducation des filles qui était probablement le plus répandu.

Serge Cosseron et Bruno Somalvico Autre discrimination, ou tout du moins autre différenciation, celle qui existe entre les premiers nés et les autres, c'est à dire qu'il y a quand même dans cette société, la primogéniture qui est très importe.

Philippe Ariès : Attention, cela dépend énormément des régions. Il y a toute une région de l'Europe où la division successorale se faisait en fonction d'un droit imposé par la coutume et les hommes ne pouvaient rien changer, ils ne pouvaient que très faiblement avantager l'un ou l'autre. La succession était séparée à peu près comme aujourd'hui Alors là, il n'y avait pas de primogéniture. Et au contraire, il y avait d'autres régions de l'Europe surtout les régions méridionales où l'ancien droit romain avait survécu et où il permettait aux chefs de famille de tester comme ils l'entendaient. Ils l'entendaient de la manière suivante : Il avait un de ses enfants qui était à peu près tout. Généralement c'était l'aîné d'où le nom de primogéniture qu'on a donné mais ce n'était pas absolument nécessaire mais c'était à peu près la loi générale. Mais cela ne couvrait donc qu'une partie de la culture de l'occident chrétien latin.

Serge Cosseron et Bruno Somalvico Et cela se partage entre nord et sud ?

Philippe Ariès : Oui, à peu près nord-ouest et sud est.

Serge Cosseron et Bruno Somalvico Tout du moins dans les régions du nord donc, la France elle, n'est pas partagée ?

Philippe Ariès : Si, la France était partagée. On a même dit quelle était partagée en trois parties. Une partie, où la division était très rigoureuse, une partie où au contraire la partie méridionale, la Provence, le Languedoc, où l'aîné recevait la totalité de l'héritage, et une région intermédiaire entre ces deux systèmes.

Serge Cosseron et Bruno Somalvico Justement, par exemple en Provence, d'après les testaments on s'aperçoit qu'il y a une sorte de lent cheminement vers l'égalisation des chances ?

Philippe Ariès : Oui mais très lente parce que même après le code civil qui étendait en somme à la France toute entière l'égalité du partage de la succession, dans le midi de la France, il y a eu des résistances qui ont eu même l'approbation des magistrats, de la justice. Il a fallu du temps pour que…, et même encore aujourd’hui c'est souvent tourné.

Serge Cosseron et Bruno Somalvico Qu'en est il dès lors, s'il y a égalité, il y a par ex dans le milieu paysan une sorte de mouvement vers la miniaturisation des terres et comment se fait la pression sociale pour que certains éléments de la famille soient expulsés un peu de la communauté pour aller ailleurs ? Est ce que c'est un mouvement conscient et volontaire ou un mouvement involontaire qui est un peu gomme par les peurs de la maladie, le la guerre, de la mort...

Philippe Ariès : Qu'est ce que vous entendez par mouvement volontaire ?

Serge Cosseron et Bruno Somalvico L'exode par exemple

Philippe Ariès : Il y a eu des régions où il y a eu un exode vers la ville surtout au XVIIIème mais on peut dire d'une manière générale que ces mouvements de population n'étaient pas excessivement importants. Ce qui importait, c'est qu'il y avait des rééquilibrages qui se faisaient. D'abord par la mortalité qui était très forte, ensuite oui par des émigrations de jeunes, par aussi l'artisanat. Il n'y avait un énorme artisanat et par conséquent, ces artisans n'avaient pas besoin d'avoir beaucoup de terres, ils pouvaient en avoir très peu. Mais dans le nord de la France, personne ne se mariait avant d'avoir sa maison et son unité économique qu'elle soit agricole, artisanale ou mixte. Dans les temps de crise, on attendait pour se marier ce qui faisait des masses de célibataires qui se résolvaient aux moments de semi prospérité. Pendant longtemps, la mort a été un élément d'équilibrage, elle correspondait aux épidémies. Les historiens démographes connaissent bien cela.

Serge Cosseron et Bruno Somalvico Il y a actuellement une polémique pour savoir d'où provient et comment est né l'amour maternel.

Philippe Ariès : C'est une fausse polémique qui pose un problème non pas de méthode mais de conception de l'histoire qui est tout de même intéressante. Vous faites allusion au livre de Mme Badinter. Moi, je ne suis pas d'accord avec ses thèses mais je ne suis pas non plus d'accord avec ses adversaires parce que i la question se pose pour moi de la manière suivante : On ne peut pas dire que l'amour maternel n'existait pas autrefois, c'est un peu caricatural car s' il n'y en avait pas eu aucun d'entre nous ne serait ici étant donné la fragilité du petit être humain, il lui faut toute une protection qui ne peut pas être donnée sans une très forte motivation sentimentale.. Mais ce qui est important c'est le niveau de cet amour, comme un thermomètre. Il n'est pas toujours au même degré et il y a des moments de l'histoire où il baisse et d’autres moments où il monte. Dans nos sociétés traditionnelles, je ne pense pas que cela ait été un moment très haut, ce qui ne veut pas du tout dire qu'il n'existait pas. C'est epsilon mais cet epsilon, ça nous fait basculer d'un coté ou de l'autre. Alors, au contraire à partir du XVIIIème en gros mais probablement avant, dès le milieu du XVIIème, dans les classes sociales supérieures, le niveau a monté et il a même atteint des degrés incalculablement hauts au XIXème, ce qu'on a appelé l'époque de l'enfant roi, un véritable culte de l'enfant!. Or, aujourd'hui, je ne suis pas du tout sûr que le niveau sera en train de re diminuer, ce qui ne veut pas dire que l'enfant soit persécuté, oublié ou négligé, pas du tout, cela veut dire qu'il n'est plus au même haut niveau. Alors la question est tout simplement de déterminer le passage d'un niveau à l'autre.. C'est ce qui rend cette histoire très difficile parce que ce ne sont pas des mouvements considérables. Madame Badinter a peut-être eu le tort d'exagérer l'amplitude de ce mouvement, le mouvement n'est pas très fort mais si faible qu'il soit, il a une signification culturelle énorme. On passe d'un type de culture à un autre, parce qu'il y a du point de vue de la méthode historique… à quel point c'est délicat parce que l'on marie, en somme, des quantités infinitésimales tout du moins très peu importantes. Ou bien on a tendance à les exagérer et on fait un peu comme Mme Badinter ou comme ses adversaires, on dit: « il y a toujours eu de l'amour maternel. C’est la nature humaine et rien ne change », et là on en revient à la vieille histoire classique où l'homme est toujours le même.

Serge Cosseron et Bruno Somalvico Mais tout de même, cette apparition de l'enfant en tant que tel, sa raison reste le passage à la société d'apprentissage, c’est à dire à une société d'éducation. Quelles en seraient les raisons profondes, l'urbanisation de la société ?

Philippe Ariès : L'urbanisation de la société est l'une des conséquences comme la scolarisa tion d'un phénomène plus global et très difficile à expliquer si tant est que l'on puisse l'expliquer et qui est le passage d'une société à dominante orale à une société á dominante écrite, d'une société sauvage à une société apprivoisée, à une société où les choses sont plus consciemment maîtrisées cela correspond certainement à une augmentation de la conscience. Autrement dit, entre le passage d'un type de société à un autre me part du à un changement psychologique. Alors vous allez me demander les raisons de ce changement psychologique? Je vous dirai que je n'en sais rien et que c'est probable qu'on n'en sache mais rien. Parce que nous vivons encore sous l'influence des déterministes marxistes ou libéralo progressistes qui veulent qu'il y ait un moteur à l'évolution humaine et que nous connaissions absolument tous les mouvements de ce moteur. Je pense qu'aujourd'hui, on ne peut plus croire à ces déterminismes là, il est plus naturel et de meilleure méthode de regarder ce qui se passe, de regarder comment les ensembles se structurent ou se déstructurent à d'autres moments mais de dire qu'il y a une loi ou qu'on connaît les clefs de ces mouvements là, moi, Je n'y crois pas

Serge Cosseron et Bruno Somalvico Certains diraient au lieu d'apprivoisement "disciplinarisation".

Philippe Ariès : Et ce serait mieux, il faudrait penser une organisation de la vie. C'est à dire que l'on donne de plus en plus d'importance aux mécanismes d'organi sation volontaire.

Serge Cosseron et Bruno Somalvico La servitude volontaire de l a Béotie

Philippe Ariès : C'est cela, c'est un phénomène d'enculturation c'est sur mais je pense que les premières manifestations sont psychologiques c'est à dire une transformation du regard, de la manière de voir, concevoir et nous retombons dans cette zone intermédiaire qui se situe entre le biologique et le mental dont je parlais au début, c'est pour cela que je lui accorde une très grande importance.

Serge Cosseron et Bruno Somalvico Au niveau de l'éducation, il y a une sorte d'apprivoisement ou de disciplinarisation des êtres à la limite, il y aurait peut-être un mouvement inverse au niveau de la mort c'est à dire qu'il y aurait une sorte d'ensauvagement de la mort après que du Vème au XVème grosso modo, la mort ait été assez bien maîtrisée disons que la mort était auparavant présente et qu'il va y avoir un phénomène d'évacuation de la mort.

Philippe Ariès : Oui, c'est cela Je pense en gros que les sociétés anciennes mettons jusqu'au XVIème siècle avaient trouvé une sorte d'équilibre dans leurs défenses contre la mort. Cela ne veut pas du tout dire qu'ils n'avaient pas peur de la mort car tout le monde a plus ou moins peur de la mort mais cela voulait dire que cette peur était maîtrisée par tout un ensemble de rites qui avaient pour but d'empêcher la mort de sortir de ses limites, de faire trop peur exactement d'ailleurs comme la sexualité. Alors ceci impliquait que la mort était un phénomène essentiellement public et pas seulement les funérailles mais le fait même de mourir. Il y a un petit fait qui m'a beaucoup frappé c'est que dans le plus ancien texte liturgique que nous connaissions dans la liturgie romaine, latine de la mort, la liturgie commence avant la mort et l'une des premières cérémonies qui est une cérémonie religieuse dans. ce cas là est la dernière communion du mourant, il ne s'agit plus seulement de la première mais de la dernière communion du mourant qui fait partie du rite des funérailles Or, pendant le IXème siècle, le Xème siècle, mettons l'époque de Charlemagne, cette cérémonie est coupée en deux, il y a d'une part la première communion...

Serge Cosseron et Bruno Somalvico L’extrême onction ?

Philippe Ariès : Non, pas du tout, la communion viatique. L'extrême onction n'est pas donnée aux laïques avant le XVIème, XVIIème siècle, la véritable cérémonie religieuse était la communion d'une part avant la mort mais le plus près possible de la mort pou être sur qu'il ne se passe rien de mauvais dans l'intervalle et deuxièmement l'absolution mais ce que je veux dire, c'est que la plus ancienne liturgie de la mort se situe avant la mort dans une chambre pleine de monde. C'est vraiment la communauté toute entière qui est réunie autour de mourant et d'ailleurs, le président de la cérémonie est le mourant lui-même. Cela ne veut pas dire que les mourants ne souffraient pas, ils souffraient mais ils devaient jouer un certain rôle. Remarquez qu'il est possible que ce rôle est une fonction thérapeutique et en particulier analgésique, peut-être qu'il souffrait moins à partir du moment où on lui demandait de tenir un certain rôle mais cela est une parenthèse. Donc, la mort était un phénomène absolument public, ce que je trouve tout à fait frappant c'est que l'histoire de la mort pourrait en gros être caractérisée par une série de privatisations. La mort va passer du secteur public au secteur privé si je peux employer ces expressions économiques. Elle est "dénationalisée" et alors il va se passer ce phénomène très curieux: la société va la refuser ( c'est le phénomène auquel nous assistons dans nos cultures actuelles contemporaines) mais cela ne veut pas du tout dire que le mourant lui-même et d'autre part son entourage proche soit lui débarrassé de ce sentiment. Mais il n'a plus le droit de l'exprimer parce que la société le lui refuse donc c'est devenu quelque chose d'absolument privé, presque clandestin à la limite. Voilà si vous voulez en gros, l'évolution générale.

Serge Cosseron et Bruno Somalvico C'est un mouvement qui a un rapport avec la déchristianisation, qui va beaucoup plus profond qu'au niveau des attitudes ou des mentalités religieuses

Philippe Ariès : Oui, je ne pense pas du tout que cela ait un rapport avec la déchristianisation. Au cours du XVIIème, où la mort était très dramatique et très pathé¬tique, et où les survivants avaient un culte extraordinaire pour les défunts, ces sentiments là n'étaient pas du tout réservés aux chrétiens et les agnostiques, les laïques cultivaient le culte de leurs défunts autant que les catholiques. Je dirai même qu'à l'origine le culte des morts du XIXème siècle est né chez des adversaires, chez des anti chrétiens qui reprochaient à l'église d'avoir désaffecter le culte antique gréco-latin des morts pour le remplacer par le culte de l'Ame.

Serge Cosseron et Bruno Somalvico Le problème de la mort pose un problème au niveau des sources puisque les morts ne pouvant pas parler de leur mort il est nécessaire de trouver des documents qui permettent effectivement d'en parler. Quels sont ils ?

Philippe Ariès : On en manque pas, parce qu'en réalité la mort est beaucoup plus bavarde qu'on ne le croit, et d'abord il reste les documents archéologiques c'est à dire les tombeaux ou plutôt les sépultures parce que ces sépultures ne sont pas toujours accompagnées de tombeaux. Or c'est une chose tout à fait frappante, je ne sais pas si Pierre Chaunu vous l'a dit c'est que les premières sépultures apparaissent avec le premier homme dès le paléolithique ancien. Alors c'est tout à fait frappant de trouver dans des sépultures très anciennes des traces de ritualisation : le corps est disposé d'une certaine manière, il y a des objets d'offrandes dans la tombe et il y a même des tombes de petits enfants, c'est assez impressionnant. Donc les tombes et la manière dei les situer c'est à dire les cimetières sont des sources documentaires et puis alors il y a la liturgie très importante, c'est un peu comme l'église qui a joué le rôle des médias, elle a interprété le sentiment commun et la liturgie est l'une des formes de cette interprétation. Et puis il y a la littérature, la chanson de gestes, les romans de la Table Ronde sont pleins de récits de morts. Il y a la sculpture funéraire qui nous donne une idée de ce que les contemporains voulaient représenter sur leur sépulture, donc elle était l'image qu'ils voulaient laisser d'eux-mêmes ou bien dans quelle mesure cette image n'était elle pas faite pour impressionner la divinité ? Et puis il y a encore les testaments qui sont des documents très importants qui ont été utilisés par des historiens maintenant.

Serge Cosseron et Bruno Somalvico Sur deux points quant aux sources, par ex, il y a au niveau de l'iconographie et des peintures au XIVème siècle, au XVème siècle, une iconographie qui va disparaître, c'est la danse macabre. Qu'est ce qu'on peut penser de son apparition et de sa disparition comme thème et également d'autres apparitions de la mort à travers par exemple les oeuvres de J.Bl och...

Philippe Ariès : C'est une question très controversée parce que la plupart des historiens pensent que cet art macabre (parce qu'il n'y a pas que les danses macabres mais quantité de représentations non pas du squelette mais du cadavre en décomposition à la fin du XIVème, au XVème et au XVIème siècle. Beaucoup d'historiens pensent que ces représentations macabres signifient une peur de la mort, une sorte d'angoisse et d'accroissement de l'exaltation de la peur devant la mort (je pense à Jean Delumeau en particulier) ils mettent ce sentiment en relation avec les grandes crises de cette époque : Les grandes pestes, les crises morales, le Grand Schisme d'Occident, ce n'était pas la bombe atomique mais ça allait dans ce sens là, la peur des grands phénomènes. D’autre part, d'autres historiens ont mis cela en rapport avec une première déchristianisation; A partir du moment où il y a christianisation, il y a immédiatement déchristianisation, c'est normal. Alors à cette première déchristianisation qui serait celle de la Renaissance et qui serait la découverte de la fragilité de la vie humaine chez des hommes chez qui cette découverte ne serait plus équilibrée ou contre balancée par l'espoir d'une autre vie après la mort. Moi, je ne crois pas du tout à cela. Je ne dis pas que cela n'a pas au une influence, les grandes pestes ont pu fournir à l'iconographie des éléments mais mai je situe au contraire cette iconographie macabre et le sentiment d'amertume devant la mort ou tout du moins devant la fin de la vie, je la situe dans une évolution beaucoup plus longue et qui commence avec les Jugements Derniers des cathédrales, qui continuent avec toutes ces gravures qui représentent le jugement particulier de chaque saint quand il va mourir et où, dans sa chambre (non plus à la fin des temps comme sur les tympans des cathédrales) sont rassemblés la cour céleste, l'enfer pour le juger. J'estime qu'il y a une sorte de séries, vous avez d'abord dès la fin du XIIème siècle et au XIIIème siècle, les Jugements derniers, les jugements particuliers, et finalement les représentations macabres. Je pense que ceci est l'illustration d'une montée presque triomphale de l'individualisme ou pour dire les choses de façon plus concrète : de l'amour de soi. C'est un amour de l'être, un amour de la possession des choses. Il y a le fameux vers de Ronsard il faut laisser maison et vergers et jardin. Qui d'entre nous dira aujourd'hui dira : Je suis bien triste parce que je vais laisser ma Mercedes, ma villa de la cote d'Azur ..." C'est pas pensable et cela veut dire tout simplement que la Mercedes ou la villa de la cote d'Azur ont certainement moins de place dans le cœur d'un homme d'aujourd'hui que n'en avaient sa maison, ses vergers, ses jardins pour Ronsard. C'était vraiment l'époque où on a aimé les choses matérielles autant que spirituelles d'ailleurs, on aime tout ou rien. On a aimé ces choses là avec passion et cette passion à mon sens est allée croissante. Alors, il y a d'abord le passage de la découverte qu'on a une vie à soi, une biographie à soi : Cela se traduit par le bilan à la fin de la vie, le jugement puis cela se continue par un sentiment d'amour et de passion à l'égard de ce que l'on est et de tout ä ce que l'on possède que la mort va ruiner et qui rend cela absolument déchirant. Mais il y a un petit phénomène très curieux, e'est que cet art macabre montre la corruption de l'homme, du corps mais cette corruption, on ne l’a voit jamais dans la réalité mais c'est justement à cette époque là qu'on a cessé d'enterrer les hommes ou les femmes le visage découvert comme cela se fait encore dans les cultures russes, celtes; enfin mettons les cultures byzantines ou même en Europe Méridionale il n'y a pas encore très longtemps. On amenait le corps à l'église, le cercueil ouvert et le visage découvert. Dès le XIIIème, dans toutes les régions macabres, on l'a très soigneusement cousu à la pente aiguille dans un drap, dans un linceul qui ne laissait absolument rien voir et non seulement on faisait cela mais on l'enfermait dans un cercueil et non seulement le cercueil était bien fermé mais il était mis sous une sorte de catafalque et vraiment c'est le moment où dans les symbolismes, dans les figures, on représentait la mort sous ses traits les plus effroyables qu'on la cachait aux yeux des réels, on l'occultait complètement. Je pense que cela a été une sorte de premier sentiment, pas de refus de la mort mais de peur, d'angoisse devant la fin de la vie.

Serge Cosseron et Bruno Somalvico En même temps c'est un peu contemporain de la production et "arts de mourir"

Philippe Ariès : Oui, mais les "ars moriendi" ce sont les gravures auxquelles je faisais allusion tout à l'heure. La Bravoure qui représentait la réunion de Dieu, des anges, des démons dans la chambre, c'était l'illustration de ces arts de mourir et les textes, les légendes de ces gravures disaient. Voilà ce qui va arriver à celui qui meurt mal, et voilà ce qui va arriver à celui qui meurt bien. Mais le phénomène le plus frappant dans les légendes de ces arts de mourir c'est qu'ils disent jusqu'au dernier moment vers le bien ou vers le mal.

Serge Cosseron et Bruno Somalvico Tout à l'heure, nous avons pu montrer que l'enfance acquiert un statut. Avec l'allongement de la durée de la vie, n'y a t il pas non plus en même temps l'apparition du statut du vieillard qui obtient, non pas un droit de cité, mais une reconnaissance qui va permettre le début d'un mouvement vers l'exclusion qu'il connaît maintenant.

Philippe Ariès : Oui c'est curieux de constater qu'il y a un synchronisme entre l'histoire de l'enfant et l'histoire du vieillard. Je crois que nous connaissons mieux aujourd’hui l'histoire de l'enfant que celle du vieillard mais enfin on peut observer que dans les civilisations antiques où l'enfant semble avoir joué un rôle important. Il y a beaucoup de représentations d'enfants, nous savons l'importance de l'école dans ces civilisations. Eh bien le vieillard c'est l'homme sage. C'est celui qui va se réunir pour donner des conseils à la Cité, c'est le recours dan les cas graves, je cross qu'à partir du Moyen Age cette conception très positive de la vieillesse va se dégrader. Elle va rester probablement dans certaines images "l’empereur à la barbe fleurie" mais dans les réalités de la vie, le vieillard est considéré comme un gâteau qui perd ses dents, qui sent mauvais, qui perd la tête, qui cependant reste puissant parce qu'il garde possession des choses, il peut embêter tout le monde, c'est vraiment un personnage qui n'a qu'une ressource, c'est à "faire retraite", comme on disait, il n'a qu'à se consacrer à l'étude et à la prière. Ceci se passait quand on avait une quarantaine d'années. Je crois que ces sociétés anciennes, enfin ces sociétés médiévales et du début de l'époque moderne, n'ont été ni des sociétés d’enfants et d'adolescents, ni des sociétés de vieillards, mais des sociétés d'adultes jeunes. Dès que l'activité du jeune adulte était interdite par les infirmités de l'age, il fallait des clefs. Ce modèle là qui demanderait d’ailleurs certainement beaucoup de nuances car c’est une pochade faite avec bien peu de documents) va changer à partir du XVIIIème siècle, où va naître, reparaître, inspirée d'ailleurs de l'antiquité l'image du sage vieillard. Cela pouvait s'accompagner malgré tout d'une grande agressivité à son égard. Dans les faits nous savons par exemple qu'au XVIIIème siècle - c'est peut-être comme ça avant mais on le sait moins - beaucoup de crimes étaient des crimes de famille surtout dans le midi pour des raisons que l’on comprend bien. L'affaire Callas est très significative : les parents âgés étaient devenus insupportables aux enfants qui convoitaient leur héritage. Mais il n'empêche que dans le symbolisme, le vieillard devenait de plus en plus digne, sage.
Cela prend même des formes assez piquantes. Par exemple aux Etats Unis à la fin du XVIIIème siècle voici la manière dont on représentait le Christ. Le Christ était vraiment le type de l'homme sage, il était mort à 33 ans - ce n'était tout de même pas très vieux pour l'époque - on le représentait avec des cheveux blancs pour qu’il ait au moins ce trait de sagesse. Alors évidemment tout le développement du XIXème siècle s'est fait en faveur du vieillard, c’est même assez curieux de voir que c’est à cette époque que sont nés des rites de passages qui n'existaient pas avant; d'abord pour les enfants la première communion, pour les vieillards ou les adultes vieillissants les noces d'or, les noces de diamants, et ces choses n'existaient pas auparavant, et pour cause parte ce qu’on mourait auparavant. Ce n'est pas exclusivement la raison parce qu'il ne faut pas imaginer que c'est parce qu'on mourrait beaucoup dans les anciennes sociétés, qu'il n'y avait pas de vieillards, parce qu'il y avait toujours des gens qui avaient surmonté les périls de la vie, ils étaient bâtis à chaux et à sable, il fallait les tuer à coups de bâtons, enfin ils ne mourraient pas.
Le XIXème siècle a été l’époque du vieillard - comme celle de l'enfant c'est vrai - alors que de nos jours depuis peut-être 15 ou 20 ans. Aujourd’hui on voit une dégradation parallèle de l'image de l’enfant et du vieillard dans la société et, chose curieuse, la dégradation du vieillard est beaucoup mieux acceptée par la société qui en parle assez froidement, cherchant bien entendu beaucoup de remèdes - parce que nous sommes des gens civilisés, nous ne sommes pas des sauvages -. Mais la dégradation de l’enfant nous ne l’acceptons pas. Vous avez très peu de personnes qui disent que l’image de l’enfant est en train de se dégrader et quand vous le dites à quelqu’un qui n’est pas très averti, c'est tout juste s'il ne se jette pas sur vous en pensant que vous êtes un oiseau de mauvaise augure. C'est une constatation qu'on n'aime pas et, dans la mesure où on la fait, on la projet sur les autres

Serge Cosseron et Bruno Somalvico: Face à la mort à la maladie les société ancienne ont quand même développé pas mal de rites de protection. Quels sont ces rites et comment voyez vous leurs évolutions, leurs disparitions, est ce toujours le même problème de l’urba¬nisation de la société, qui ferait qu'ils disparaissent et que la maladie et la mort seraient plus assumés par l'extension de la médecine par exemple de nouvelles personnes qui doivent prendre en charge un certain nombre de maux?

Philippe Ariès : Oui, c'est vrai que la médecine a apporté des progrès fantastiques dans le comportement de l'homme, de son assurance, de sa sécurité de vivre et - c’est une banalité de la dire -, mais je pense qu’il y a eu un autre phénomène qui a eu une importante égale à celle de la médecine et dans une certaine mesure je me demande si ce n'est pas ce phénomène dont je vous parle qui a provoqué les avancées de la médecine autant que les progrès de l'esprit scientifique. C'est ce que j'appellerais moi la grande révolution de l'époque moderne, plus grande que la révolution politique libérale ou que la révolution industrielle et économique. C'est ce qu'on pourrait appeler la révolution de l'affectivité. Je pense que nous avons fait allusion à cela, d'ailleurs, au début de cet entretien. A un moment donné, il y a eut une sorte de concentration de toutes les énergies affectives qui existaient avant mais qui étaient beaucoup plus diffusées sur un plus grand nombre de têtes ou sur des personnes choisies d'une manière aléatoire. C'était l'époque de l'amitié. Cette énergie diffusée s'est concentrée sur la famille et il se sont créés des liens qui existaient auparavant mais qui ont pris une intensité, un caractère dramatique et pathétique qui à mon avis n'existait pas auparavant. Ce qui fait que nous ne pouvons même pas imaginer aujourd'hui de pouvoir vivre comme on vivait avant cette révolution de l'affectivité.
On peut très bien imaginer comment on vivait avant le frigidaire, la machine à laver ou le moteur à explosion, mais je crois que ce n’est pas possible d’imaginer les liens qui liaient l'homme à la femme ou les parents et les enfants. C'est cela qui se trouve à la base du changement attitudes devant l'enfant et la famille - ou devant la mort - parce que le grand changement devant la mort je pense que c’est justement quand la mort a cessé d'être « ma mort à moi ». Il ne s'agissait du tout pour moi de quitter raison, verger et jardin, mais il s'agissait de supporter le départ de que j’aime, et cela est quelque chose de tout à fait fort et je me demande si ça n'a pas été, je ne dis pas à l'origine, mais tout du moins un élément mobilisateur pour les progrès de la médecine.

Serge Cosseron et Bruno Somalvico C'est la réduction de l'espace social des gens, la façon dont ils se mouvaient dans une société?

Philippe Ariès : C'est à dire qu’il y a deux aspects dans ce phénomène fondamental: l'un est la concentration, l'intensification d'une sensibilité. Je dirais que c’est l'aspect positif; d'ailleurs - positif ou non - il est entré en nous complètement. L'autre aspect, certainement positif, c'est celui auquel vous faisiez allusion : c'est une certaine désaffection à l'égard de tout ce qui n'est pas le cœur de la famille et, par conséquent, de la communauté, des petites sociétés, si bien qu'aujourd'hui il n'y a plus qu'une sorte de ce qu'on appelle la société, c'est à dire une association d'atomes sans rien qui les structure, puis alors les familles qui sont au centre de l'affectivité, de la sensibilité.

Serge Cosseron et Bruno Somalvico Par exemple on pourrait voir une image se dégager dans la comparaison des stratégies familiales. Jusqu'à un certain moment la stratégie de mobilité sociale était surtout liée à la conservation et à l'engrangement de biens, tandis que maintenant la stratégie familiale est plutôt une stratégie qui donne des possibilités sans attacher les gens à des biens précis.

Philippe Ariès : C'est à dire qu'avant on « établissait ses filles » et l'on trouvait une dotation quelconque aux garçons qui leur permette de vivre. Tandis qu'aujourd'hui on les élève, on les éduque, et cela se traduit par une relation affective beaucoup plus forte. Dans le premier cas c'était la lignée, c'était le groupe familial qui l'emportait, dans notre cas c'est une relation tout à fait personnelle.

Serge Cosseron et Bruno Somalvico Règne ou illusion de la liberté ?

Philippe Ariès : Probablement il n'y a de liberté ni dans un cas ni dans l'autre.

sabato 9 febbraio 2008

IN MEMORIA DI PHILIPPE ARIES, UN IRREGOLARE DELLA "NOUVELLE HISTOIRE"

Intervista di Serge Cosseron e Bruno Somalvico realizzata a Parigi nel marzo 1981 presso la casa editrice Seuil

Rimasto a lungo sconosciuto, e solamente a partire dalla prima metà degli anni Settanta promosso nelle alte sfere della cultura francese, franco tiratore della ricerca storica, Philippe Ariès spentosi l'8 febbraio 1984, rimane per molti versi un enigma per i molti eruditi. e lettori che hanno potuto assaporare il valore delle sue opere. Quest'uomo dalla bassa statura,ma dai tratti estremamente fini e dall'eloquenza forbita rimane un enigma ma nello stesso tempo un rivelatore e testimone delle grandi trasformazioni che ha conosciuto il mondo intellettuale francese da vent'anni a questa Parte. Con Philippe Ariès abbiamo a che fare con un enigma in quanto ci troviamo di fronte ad un uomo di destra, formatosi in un ambiente ultra conservatore, ma che partecipa ad una vera e propria rivoluzione della storia intesa come disciplina scientifica;con un rivelato e testimone del proprio tempo poiché siamo di fronte ad un pensiero, ad una riflessione, venuta da lontano, maturatasi nella solitudine più stretta,che riesce incline a raggiungere ad abbracciare un vasto movimento di critica dei valori di una società materialista che, in nome del progresso, sacrifica i propri individui e i sentimenti più intimi, le sociabilità. Nato nel luglio del 1914, pochi giorni prima che un'apocalisse durata quattro anni travolge se milioni e milioni di vite umane dando il colpo di grazia ad un mondo e annunciandone uno nuovo nello stesso tempo moderno e inquietante, Philippe Ariès ha trascorso tutta la sua infanzia negli anni venti in una famiglia ultra conservatrice e nazionalista Una famiglia dalle radici geografiche molteplici, proveniente in parte dalle Antille in parte dalla regione di Bordeaux, che professava una fede monarchica tradizionalista civettando con l'Action Française di Charles Maurras; una cultura familiare che mescolava un sentimento fortemente antirepubblicano e antilaico, con :un integralismo religioso assolutamente impermeabile alle riforme e agli aggiornamenti della Chiesa in materia sociale. Profondamente marcato dall'esempio paterno, il giovane Ariès si dirige subito, in maniera quasi del tutto spontanea, verso le organizzazioni giovanili neo monarchiche. Un tale rigorismo dottrinario non impedisce però, ad una natura che aspira fondamentalmente ad un'indipendenza di giudizio, di proseguire i propri studi e frequentare un'istituzione fortemente repubblicana come la Sorbona. Il mancato conseguimento dell'Agrégation lo sottrarrà tuttavia alla carriera accademica, costringendolo ad incontrare la storia solamente durante il tempo libero. Ricorda Ariès nella sua autobiografia, Un historien du dimanche
Entrai in uno di quegli istituti di ricerca che furono creati all'epoca del governo di Vichy, da una équipe di uomini d'affare molto intelligenti.,che avevano costruito delle piantagioni in Estremo Oriente; l'Istituto Francese di ricerche fruttifere d'Oltre Mare. Molto impressionati dai celebri istituti inglesi, olandesi, dedicati allo sviluppo di prodotti come il tè, la gomma, la palma ad olio, costoro spinsero infatti il governo di Vichy ad imitarli. Sorsero durante l'occupazione gli istituti francesi di assistenza tecnica nei paesi in via di sviluppo. Queste creature di Vichy hanno resistito una prima volta alla Liberazione, grazie alla destrezza degli uomini d'affare che ne erano alla guida, essi furono riconosciuti ed adottati dalla Quarta Repubblica,forse perché ne esistevano di simili in Unione Sovietica. In seguito dovettero superare lo scoglio difficile rappresentato dalla decolonizzazione.
Avevamo incontrato Philippe Ariès nell'aprile del 1981 nel quadro di un ciclo di trasmissioni sulla vita quotidiana e lo avevamo intervistato a proposito dei suoi studi sull'infanzia e l'educazione da un lato, e sulla morte dall'altro. Presentiamo oggi larghi stralci di quel nostro incontro.
Serge Cosseron e Bruno Somalvico: Philippe Ariès, sino a pochi anni or sono, sino alla sua nomina all’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, Lei non ha fatto parte dell'establishment storiografico francese. Le sue analisi, i suoi metodi ed approcci erano infatti ai margini della storia, almeno di quella accademica Oggi invece, l'antropologia storica, i suoi lavori (come quelli in altri campi di Michel Foucault e dello stesso Claude Lévi Strauss al quale lei ama spesso richiamarsi) sono al centro della cosiddetta "Nouvelle Histoire", molto attenta ai problemi della vita quoti diana in tutte le sue sfaccettature. Per quale motivo dunque considerarsi ancora uno storico della domenica, "un historien du dimanche" come ha intitolato nel 1980 la sua autobiografie intellettuale?
Philippe Ariès Sono stato uno storico della domenica nel senso che ho sempre lavorato ad altro nel resto della settimana. D'altra parte non penso di avere avuto un metodo diverso da quello degli altri storici: la preoccupazione di partire da una fonte, da un documento, non è mai scomparsa. Laddove probabilmente mi sono distinto dagli altri é nell'esser sempre stato indipendente, alieno alle ideologie, alle cappelle e alle problematiche che hanno dominato dal dopoguerra in poi la scena intellettuale francese. Nell'immediato dopoguerra si parlava solo di storia economica e sociale da un lato, e di storia demografica dall'altro. Quest'ultima mi ha sempre estremamente interessato, mentre la storia economica e sociale l'ho sempre seguita da lontano. In ogni mia ricerca ho sempre preso spunto dalla realtà quotidiana dell'epoca; ogni mio interrogativo, ogni mio approccio, rispondeva sempre ad un quesito che mi si era posto sotto gli occhi. Le faccio un esempio: all'indomani della disfatta della Francia e dell'occupazione tedesca nel 1940, ero laureato fresco fresco alla Sorbona, dopo aver seguito un tradizionale ciclo di studi storici, e, come tutti, andavo domandandomi per quale motivo i francesi, settant’anni dopo la guerra del 1870, erano stati nuovamente sconfitti dalle truppe tedesche. Per la prima volta nella mia vita, sentivo attorno a me una spiegazione di tipo non direttamente politico o ideologico: un avvenimento politico come la guerra, la sconfitta dell'esercito francese e l'armistizio firmato dal maresciallo Pétain, veniva spiegato mediante un fattore non politico, bensì demografico. Si diceva allora, secondo la terminologia di Vichy: "Siamo stati sconfitti perché non avevamo bambini, ossia eravamo in calo demografico". Sono rimasto subito colpito da una tale spiegazione e ho voluto vederci più chiaro: sono così andato a consultare le statistiche demografiche (la cosa non era facile poiché non avevamo come oggi a disposizione un istituto di studi demografici) e ho scoperto un mondo assolutamente nuovo e appassionante. Preso alle gole da un gran numero d: statistiche difficili da interpretare, ho però subito intuito che esse mi avrebbero poi permesso di capire quel che gli uomini non avevano mai raccontato, di rilevare silenziosamente da questi dati la maniera in cui gli uomini nascevano, morivano, dormivano, facevano all'amore,si spostavano, emigravano, eccetera.
Inizia così, a cavallo degli anni quaranta e degli anni cinquanta, la ricerca e la produzione storiografica di Philippe Ariès che dopo aver scritto nel 1943 un saggio su Le tradizioni sociali delle regioni francesi, pubblica nel 1948 una Storia delle popolazioni francesi e del loro atteggiamento di fronte alla vita per poi proseguire con una lunga ricerca su Il bambino nella vita familiare dell'Ancien Régime, che uscirà nel 1960. Al di fuori di un gruppo ristretto di amici e di specialisti, Ariès rimane sino ad allora uno sconosciuto. Eppure la ricerca di Ariès si sviluppa su un terreno non molto dissimile dalle ricerche di Claude Levi Strauss sulle strutture della parentela e di quelle più recenti di Michel Foucault sulla sessualità. Ariès però é difficilmente catalogabile :non può e non vuole essere considerato come un "tanatologo", uno specialista in senso stretto della morte, o uno specialista dell'infanzia e della vita familiare, né si può definirlo come uno storico dei comportamenti affettivi e delle sociabilità familiari; la sua é una ricerca del tutto sui generis, una ricerca di quel che potremmo definire oggi come l'inconscio collettivo, ossia quanto di più intimo e di profondo possiamo rilevare in un'epoca particolare, nell'esistenza di un uomo, di quel che lo caratterizza e gli conferisce un'identità precisa molto di più di qualsiasi ideologia o riflessione volontaristica sulla vita o sulla morte dei suoi coevi: in questo la storia di Philippe Ariès assume tutto il suo interesse, riflettendo e analizzando quella zona al confine fra la natura e la cultura, per riprendere i termini di Lévi Strauss o, se preferiamo, alle frontiera fra il biologico e il mentale, fra le pratiche sessuali e i comportamenti demografici, e le mentalità e i comportamenti familiari d'ogni giorno che in un qualche modo le motivano e le sospingono. In questo lavoro di lunga durata, svolto nel corso di numerosi anni e con un'analisi sull'arco di diversi secoli, dal Medio-Evo ad oggi, Philippe Ariès approda ad una grande scoperta,che rimette totalmente in discussione quanto normalmente si pensa oggi a proposito della famiglia.
Ricorda Ariès nella sua autobiografia.
Mi interessavo ormai da lungo ai cambiamenti contemporanei dei modelli familiari. Guardandomi attorno (oltre ad esaminare tutta la documentazione (letteraria o cinematografica) a disposizione,ho potuto fare il punto degli anni cinquanta, ricollocandola nella lunga durata.Constatai che l'ideologia e la retorica degli ambienti cattolici e conservatori consideravano come una certezza il declino della famiglia a partire dalla Rivoluzione Francese: l’indebolimento dell'autorità paterna, la limitaz ione della libertà dei testatori, la frammentazione del patrimonio, il diritto dì divorziare e di risposarsi, erano diverse cause di questo declino. Eppure, nei fatti della vita quotidiana, non vedevo declino, ma forza e consolidamento di questa famiglia. Le relazioni fra gli sposi, e fra genitori e figli, nascondevano un sentimento, un tale grado di intensità e di esclusività che ci si poteva chiedere se esso non sulla situazione fosse nuovo.
Serge Cosseron e Bruno Somalvico: Philippe Ariès potrebbe spiegarci con alcuni esempi in che senso a suo parere la famiglia è andata rafforzandosi e in che misura il singolo individuo ha assunto un ruolo sempre più importante all'interno della famiglia? Studiando l'evoluzione della struttura familiare lei ha scritto ad esempio che solo negli ultimi due o tre secoli il barbino é riuscito ad assumere un proprio statuto,una propria identità nell'ambito della famiglia. In che senso?
Philippe Ariès. Innanzitutto mi preme sbarazzarmi da un equivoco. Mi si sono attribuite alcune sciocchezze. Mi si é addirittura fatto dire che il bambino non esisteva nel Medio Evo. Se l'ho detto, si trattava di una semplice battuta. Certo che esisteva il bambino nel Medio Evo, come in ogni altra epoca d'altronde. Esso però aveva allora in quanto tale un’esistenza molto breve. Sovente moriva molto presto, e quando riusciva a sopravvivere, invecchiava molto in fretta. L'infanzia era insomma di breve durata, e ben presto il fanciullo veniva brutalmente strappato al grembo delle donne e direttamente proiettato nel mondo degli adulti, un nuovo mondo in cui doveva imparare a vivere con altre persone adulte. Era questa, mi pare, la caratteristica principale delle nostre società tradizionali. Con questo non voglio dire che la famiglia non esistesse in quanto tale. Esisteva beninteso ed aveva una precisa esistenza economica; era un'unità economica e lo strumento per la trasmissione dei beni, sia di quelli materiali che di quelli morali (penso ad esempio ad un sentimento come l'onore che aveva un peso inimmaginabile ai giorni nostri, presente in tutte le classi sociali, e persino tra i contadini). La famiglia pero' non assumeva allora quella funzione di sensibilità affettiva e sentimentale che ha poi conosciuto e tutt'oggi conosce grazie a quella che ho definito la rivoluzione dell'affettività e della sociabilità. Questa funzione assolutamente indispensabile nella crescita del fanciullo veniva allora solo parzialmente assolta dalla famiglia, e veniva per lo più presa in carico da quella che potremmo oggi definire come la comunità, ossia da un'unità sociale più larga nella quale la famiglia si trovava immersa, e che comprendeva - oltre ai veri e propri genitori - gli altri parenti, i vicini, gli amici, una "familia", insomma nel senso lato dato dai latini al termine, in cui il ruolo che oggi la psicoanalisi considera come fondamentale, quello svolto dai genitori, poteva essere a carico di altri candidati al di fuori del padre e della madre naturali.
Serge Cosseron e Bruno Somalvico: In queste comunità, in queste società tradizionali esisteva già una differenziazione sessuale netta fra i due sessi?
Philippe Ariès: Certo, la differenziazione sessuale fra maschietti e femminucce era un fatto considerevole nel senso che era un fenomeno che si estendeva a tutta la società. Le bambine rimanevano solitamente con le altre donne a casa più a lungo; altrimenti esse venivano esportate, cioè venivano spedite come servette da altri parenti lontani. Il fenomeno importante é però un altro, e cioè il passaggio da una società d'apprendi¬stato, ossia dà una società in cui i valori vengono trasmessi oralmente, attraverso l'apprendistato di un mestiere, ad una società in cui tale trasmissione avviene attraverso la scuola, attraverso l'insegnamento e la scrittura. La rivoluzione della scuola é fondamentale per il bambino: costui, invece di subire in maniera del tutto brusca, il passaggio dall'infanzia e dal mondo dei bambini, a quello della vita attiva degli adulti, conosce un nuovo ambiente, quello della scuola, separato dal resto della società, conosce una specie di quarantena, o se preferite, di parentesi tra la prima infanzia e la vita adulta. E' un fenomeno fondamentale: solo a partire da questo momento, solo a partire dall'istituzione della scuola, i bambini e gli adolescenti hanno cominciato ad esistere come tali, hanno cioè assunto un loro spazio, una durata che prima non avevano mai conosciuto. Possiamo quindi stabilire una stretta correlazione fra l'atteggiamento assunto da una comunità nei confronti dei propri figli e il carattere culturale predominante in tale società: quando abbiamo a che fare con una cultura orale, in cui la trasmissione dei valori avviene attraverso la parola, siamo in una società d'apprendistato; quando invece siamo di fronte ad una cultura scritta siamo di fronte ad una società più evoluta, basata sulla scuola e sull'insegnamento, il che implica una parentesi, sia pur minima ma estremamente importante, nella vita di un bambino, un'infanzia dunque meno breve . Questo fenomeno d'altra parte non vale solo per le nostre società moderne a partire dal Cinque o dal Seicento, ma esisteva già, almeno per gli uomini liberi, nella società greco romana, fondata anch'essa sulla scuola e sulla scrittura. Per tornare alla sua domanda: prima della rivoluzione della scuola la differenziazione dei due sessi avveniva nella società intera. Vi erano ruoli ben distinti per gli uomini e per le donne, e sin dalla primissima infanzia, bambine e bambini dovevano adattarsi. A partire dalla nascita della scuola questa differenziazione non cessa certo, ma perlomeno si attenua: talvolta le scuole sono miste. Troviamo spesso nella pittura fiamminga raffigurati bambine e bambini nella stessa aula e la Chiesa, sin dal Cinquecento e dal Seicento, protesterà contro questa situazione, esercitando una grande pressione per separare i maschietti dalle femminucce, nelle piccole scuole di campagna come nelle scuole di città. Per questo motivo le bambine hanno conservato a lungo una condizione simile a quella anteriore alla rivoluzione della scuola. Mentre i loro fratellini beneficiavano oramai di una nuova civiltà e di una nuova cultura, le bambine rimanevano spesso a casa dai genitori seguendo i tradizionali riti dell'apprendistato; e quando avevano la fortuna di andare a scuola, conoscevano dei metodi di apprendimento, come hanno ben mostrato le ricerche di Mona Ozouf e di Francois Furet, che erano intermedi fra l'apprendistato orale tradizionale e la scolarizzazione e l'alfabetizzazione più recente. Le bambine frequentavano allora delle "scuolette" se così posso esprimermi. Una donna insegnava a leggere a due o tre bambine, come Sant'Anna era raffigurata in numerosi quadri nelle chiese mentre insegnava a leggere alla Vergine. E' questo il sistema educativo probabilmente più diffuso per le bambine.
Ultimato nel 1960 il suo lavoro sulla famiglia e sul bambino, Ariès comincia allora ad esaminare un tema rimasto particolarmente tabù per gli storici: la morte, e, come studioso di tale fenomeno, sarà in un certo qual modo "scoperto" dalle Annales e dalla Nouvelle Histoire, che lo inviterà nel 1978 a far parte del establishment storiografico, con la sua nomina all'Ecole Pratique des Hautes Etudes en Sciences Sociales. Da due nuovi e lunghi decenni di ricerche, usciranno tre libri fondamentali in questa materia: nel 1975 i Saggi sulla Storia della morte in occidente dal Medio Evo ai nostri giorni; nel 1978 l'Uomo davanti alla morte, e , poco prima della sua scomparsa, alla fine del 1984, un libro di Immagini davanti alla morte .
Serge Cosseron e Bruno Somalvico: Philippe Ariès, oltre alle classiche statistiche e alle fonti usate dai demografi, dagli atti di decesso, ai trattati di tanatologia, quali sono state per lei le fonti indispensabili per analizzare il fenomeno della morte? Su quali documenti ci si può basare, dal momento che i morti non hanno mai potuto parlarci della loro morte?
Philippe Ariès: In realtà non manchiamo affatto di documenti. La morte, la cosa può apparire strana, è in realtà molto più ciarliera, molto meno silenziosa di quanto ci si possa immaginare. Prima di tutto abbiamo a disposizione molti reperti archeologici: le tombe ma soprattutto le sepolture (che non sono sempre accompagnate dalle tombe).Una cosa salta subito all'occhio: troviamo delle sepolture sin dall'apparizione dell'uomo nel tardo paleolitico. Possediamo d'altra parte altre tracce, altri indizi, sui riti di sepoltura. Abbiamo potuto scoprire infatti che il corpo veniva disposto in un certo modo nella tomba e che, accanto ad esso, venivano messi alcuni oggetti, oblazioni soprattutto, ma anche, la cosa é assai terrificante, i resti di alcuni bambini. Tombe e cimiteri sono praticamente le due prime fonti documentarie per lo storico della morte. Vi sono poi le liturgie. La Chiesa fungeva allora un po' come i mass media oggi, nel senso che interpretava il sentimento della comunità: la liturgia era allora una delle forme più importanti di quest'interpretazione del senso comune. Vi sono poi le tradizionali fonti scritte: la letteratura con le Chansons de geste i romanzi dei Cavalieri della Tavola Rotonda molto ricchi di narrazioni funerarie. Particolarmente interessante é anche la scultura funeraria: essa ci offre infatti un'immagine o un'idea di quel che i contemporanei al defunto volessero rappresentare sulla sua sepoltura, ma anche in un certo senso un'idea di quanto loro stessi volessero lasciare ai posteri. In secondo luogo tali sculture ci permettono di misurare l'intensità con la quale essi volevano impressionare le divinità. Infine abbiamo i testamenti, documenti estremamente utili, ma che oggi vengono forse fin quasi troppo utilizzati dagli storici.
Serge Cosseron e Bruno Somalvico: Non ci ha parlato delle danze macabre, presenti almeno nell'iconografia del Duecento e del Trecento, che, sia pur scomparendo, riaffioreranno più tardi nelle opere di Bosch, così piene di angoscia...
Philippe Ariès. E' una questione molto controversa tra gli storici. Non esistevano intanto solamente le danze macabre, ma tutta una serie di altre rappresentazioni, non solo dello scheletro, ma persino del cadavere in decomposizione, almeno alla fine del Duecento, nel Trecento e nel Quattrocento. La maggior parte degli storici vede in queste rappresentazioni macabre una paura della morte, una specie di angoscia e di crescendo nell'esaltazione della morte. Penso soprattutto ai lavori di Jean Delumeau. Questo gusto per il macabro viene messo in relazione con i grandi fenomeni che hanno scosso l'Europa di quell'epoca, le grandi crisi dovute alla peste e alle malattie, ma anche le grande crisi morali come il Grande Scisma luterano. Il gusto per il macabro viene dunque messo in relazione con fenomeni di una portata equivalente alla bomba atomica di oggi. Altri storici come Michel Vovelle hanno voluto invece voluto mettere questo fenomeno delle danze macabre in relazione con la prima decristianizzazione della società occidentale nel corso del Rinascimento. Secondo tale ipotesi si é assistito allora ad un fenomeno, la scoperta del senso di fragilità della vita terrena, che non sarebbe stato più controbilanciato e riequilibrato dalla speranza di un'altra vita, dopo la morte. Per parte mia, non credo né all'una né all'altra ipotesi. Certo, le pesti influiscono sicuramente sull'iconografia, le forniscono se non altro nuovi elementi. Ma mi pare più esatto situare questa iconografia macabra e il sentimento di amarezza di fronte alla morte, o perlomeno di fronte alla fine della vita, nel quadro di un'evoluzione molto più ampia, che comincia già nel Duecento con i Giudizi Ultimi sui timpani delle cattedrali, e che prosegue poi colle incisioni raffiguranti il Giudizio Particolare di ogni santo al momento in cui egli va incontro alla morte: in questo caso però non ci troviamo più alla fine dei tempi, come sui timpani delle cattedrali per i Giudizi Ultimi, ma nella sua stanza da letto del moribondo, in cui sono riuniti la Corte Celeste e gli Inferi. Questo processo lungo l'arco di diversi secoli mi pare illustrare bene l'ascesa quasi trionfale di quel che chiamo l'individualismo, o, per dirla in maniera più concreta, dell'amore per se stessi. Un amore dell'essere, un amore della possessione delle cose, oggi del tutto scomparso. Vi è un famoso verso di Ronsart che dice: “Dobbiamo lasciare e casa e frutteti e giardino". Ebbene chi mai direbbe oggi "Sono ben triste perché lascio la mia Mercedes e la mia villa sulla Costa Azzurra"? Ciò é ïmpensabile: Mercedes e villa sulla Costa Azzurra hanno certamente mer spazio nel cuore degli uomini rispetto alla casa, ai frutteti e al giardino di Ronsart. Allora si amavano molto le cose materiali, alieno tanto quanto le cose spirituali, e questa passi ne andava sempre più accrescendosi.E' un fenomeno fondamentale:assistiamo infatti alla scoperta da parte degli uomini di avere una propria esistenza individuale,una propria biografia personale. Ciò si traduce in un bilancio :alla fine della propria vita si cominciano a tir le somme.Una tale scoperta si tradurrà quindi in una nuova scoperta, in quel sentimento d'onore e di passione nei riguardi di quel che si é e di quel che si possiede e che la morte cosa del tutto straziante, ci strapperà, di cui prima le accennavo. Vi é poi un secondo fenomeno estremamente curioso. L'arte macabra mostrava già la corruzione dell'uomo e dèl corpo:essa pero' no4 veniva mai raffigurata nella realtà concreta, non la si poteva mai vedere direttamente. Proprio allora infatti cessa una pratica rimasta oggi in vigc nelle società russe e bizantine, e persino in alcune zone dell'Europa Meridionale, la prati della sepoltura di uomini e donne a viso scoperto. Sino ad allora il corpo veniva portato in chiesa con la bara a il viso scoperti. Sin dal Duecento la salma verrà invece attentamente ricucita in un lenzuolo, in un sudario. che non lascerà nulla intravedere Mon solo il morto viene rinchiuso nella bara, e la bara, non solo viene ben chiusa, ma essa viene anche messo sotto quel che allora si chiamava il catafalco.A quell'epoca la morte veniva rappresentata con tratti talmente terrificanti che si decise di nasconderla agli occhi delle persone realmente esistenti,di occultarla completamente. Questo mi pari il primo fenomeno di un processo di privatizzazione della morte,un sentilmento non tanto di rifiuto o di "rimozione" ma di angoscia, di paura della morte, o perlomeno di paura e di angoscia di fronte alla fine della propria esistenza individuale.
Serge Cosseron e Bruno Somalvico: Abbiamo dunque a che fare, con la morte, se ho ben capito, ad un processo in un certo senso inverso a quello che ci ha descritto prima a proposito deil'infanzia:se la scuo ha significato ibn un qualche modo una disciplinarizzazione del bambino, in questo caso abbiamo a che fare con un processo di imbarbarimento della t'uorte e della pratica della sepolti Se la morte era prima relativamente bene tenuta sotto controllo, governata dalla comunitessa subisce dunque un processo si privatizzazione,viene in un qualche modo evacuata dalla comunità. E' così Philippe Ariès?
Philippe Ariès: Avete ragione: penso che all'incirca sino al Cinquecento le società antichi godessero di una specie di equilibrio nelle loro difese contro la morte. Ciò non significa che non avessero paura della morte ,ma che questa paura come lei giustamente dice venne tenuta sotto controllo, era dominata da tutto un insieme di riti che avevano come scopo di impedire alla morte di uscire dai propri confini, di fare troppo paura, allo stesso modo della sessualità. Ciò' implicava che la morte fosse principalmente un fenomeni pubblico. Non solo il funerale, ma lo stesso atto del morire. Un piccolo episodio mi ha molto colpito; nel più antico testo da noi conosciuto della liturgia romana e latina della morte osserviamo come la liturgia cominci prima della morte del morituro La prima cerimonia, che è una cerimonia religiosa, Ma l'ultima comunione fa già parte dei riti funebri. Prima del Cinque Seicento, la vera e propria cerimonia religiosa del morituro , che era costituita da una parte dalla comunione prima di morire il più vicino al momento del trapasso per essere sicuri che non succeda nulla di malvagio durante questo possibile intervallo; d' altra parte vi era l'assoluzione. La più antica liturgia si situa dunque prima dei trapasso, in una camera stracolma di persone. E' veramente la comunità tutta intera intorno al moribondo che in un certo senso presiede alla cerimonia. Ciò non significa che egli non soffra, certo che soffre, ma deve assumere un certo ruolo, una certa parte. Questo ruolo costituiva probabilmente una funzione terapeutica, in particolare analgesica, alleviava forse il dolore.
La morte era dunque un fenomeno pubblico:potremmo in fondo caratterizzare la storia della morte a grandi linee come una serie di privatizzazioni, come una storia della sua privatizzazione. La morte è in un certo senso denazionalizzata, ossia passa dal settore pubblico a quello privato. Vi è altresì un fenomeno molto curioso: la società andrà rifiutando la morte (lo vediamo bene ai nostri giorni). Questo non significa affatto che il morituro e coloro che lo circondavano si fossero sbarazzati di questo sentimento. Non hanno però più il diritto di esprimerlo, poiché la società glielo rifiuta. Esso é diventato qualche cosa di assolutamente privato, al limite direi di quasi clandestino.

Serge Cosseron e Bruno Somalvico: All'inizio abbiamo parlato dell'infanzia e dell'allungamento della sua durata Oggigiorno tuttavia assistiamo, almeno a partire dall'Ottocento, ad un altro allungamento, quello della durata media della vita , e assistiamo nello stesso tempo all'apparizione un altro statuto, quello del vecchio, che ottiene se non un vero e proprio diritto di cittz dinanza nella società, almeno una certa qual riconoscenza, accompagnata spesso parall lamente da un processo di esclusione e di ghettizzazione.
Philippe Ariès. Ha fatto bene a sottolineare questo sincronismo fra la storia del bambino e quella del vecchio. Oggi conosciamo purtroppo meglio la storia del bambino e conosciamo bene il peso assunto dalla scuola e dal sistema educativo nella nostra civiltà. Il Vecchio comunque stato l'uomo saggio, colui che si convoca quando si ha bisogno di un consiglio, soprattutto nei casi di litigio. A partire dal Medioevo questa concezione molto positiva della vecchiaia degradandosi. Certo, rimane l' immagine dell'"imperatore dalla barba folta", ma nella realtà quotidiana il vecchio viene considerato come un rimbambito che perde i denti, che puzza, che perde la testa e rimane potente solamente nella misura in cui è titolare, ovvero in possesso delle proprie cose. Puo' dunque scocciare la gente: è veramente una persona con una sola risorsa: deve andare a riposo e cioè dedicarsi unicamente allo studio e alla preghiera. Ciò avveniva a partire dai quarant'anni. Sino all'inizio dell'età moderna, le nostre società non sono state né società di bambini e di adolescenti, né società di vecchi, ma società di giovani adulti A partire dal momento in cui l'attività dell'adulto viene impedità dall'infermità, si ha bisogno di una chiave . Questo modello cambierà nel Settecento quando riapparirà, rinascerà, ispirata dall'antichità classica, l'immagine del vecchio saggio, fernomeno peraltro cui può tuttavia ssere associata tuttavia da una grande aggressività nei suoi confronti. Nel corso dell'Ottocento cresce l'operato a favore del vecchio: sorgeranno allora curiosamente nuovi riti di passaggio che prima non avevano mai esistito; per i bambini la prima comunione, per i vecchi le nozze d'oro e le nozze d'argento. Queste cose non erano mai esistite e vi era un motivo valido: si moriva molto prima di poterle raggiungere.
Ciò non spiega tutto: non dobbiamo infatti credere che - poiché si moriva molto più frequentemente di oggi - non esistessero delle persone vecchie. Vi erano sempre persone che avevano superato i pericoli dell'età, e pur avendole percosse a calce e sabbia o a colpi di bastone - non morivano. L'Ottocento è stato certamente il secolo del vecchio, come del resto anche il secolo del bambino. Curiosamente dagli anni Sessanta all'incirca assistiamo ad un degrado parallelamente dell'immagine del vecchio e di quella del bambino ma il degrado del primo è molto meglio accettato da una società che ne parla freddamente cercando beninteso un certo numero di rimedi (perché siamo persone civili e non selvagge) mentre il degrado del bambino non viene assolutamente ammissibile, non è accettabile. Solo pochissime persone riconoscono questa degrado dell'immagine del bambino e quando non ne parlo con uno specialista, rischio spesso di farmi insultare e considerare come un uccello del malaugurio. Evidentemente è una cosa che non piace e nella misura in cui la si pratica, si preferisce proiettarla sugli altri.

Serge Cosseron e Bruno Somalvico: Storico dei sentimenti, storico delle mentalità di ieri e di oggi, che senso dà Philippe Ariès al campo del cosiddetto "vissuto" nell'evoluzione della società umana? Che senso attribuisce a queste trasformazioni nelle relazioni affettive e umane, di fronte alla vita e all'infanzia come alla vecchiaia e alla morte?

Philippe Ariès: Vi è stato a mio giudizio un fenomeno di importanza pari a quello del progresso della medicina, e che in un certo senso ne è all'origine e più in generale alla base dello sviluppo dello spirito scientifico. Voglio parlare di una grande rivoluzione dell'epoca moderna, molto più importante della rivoluzione politica liberale o della rivoluzione industriale ed economica. Si tratta di quella che io chiamo la "rivoluzione degli affetti". Ad un certo momento abbiamo assistito ad una sorta di concentramento di tutte le energie affettive pre esistenti che si trovavano molto più diffuse su un maggior numero di teste o su persone scelte in maniera un po' aleatoria; era l'epoca dell'amicizia. Ebbene, queste energie diffuse si sono concentrate sulla famiglia e si sono rafforzati dei legami già pre-esistenti ma che hanno assunto un intensità e un carattere drammatico e patetico che non era mai esistito prima.
Non possiamo pertanto immaginarci di poter vivere come prima di questa rivoluzione. Certo, possiamo benissimo immaginarci come si viveva allora senza il frigorifero, la macchina da lavare è il motore a scoppio; ma é ben difficile immaginarsi i legami che univano l'uomo alla donna ed i genitori ai propri figli. Proprio questo mi pare sia all'origine del cambiamento di atteggiamento nei confronti del bambino o della famiglia, o di fronte alla morte, poiché, lo ripeto, il grande cambiamento intervenuto di fronte alla morte si manifesta quando la morte ha cessato di essere la mia morte, la morte di me. A mio parere non influiva tanto il dover abbandonare la casa i frutteti e il giardino, quanto piuttosto il dover sopportare la partenza, la dipartita di qualcuno che si amava. Ciò mi pare qualcosa di estremamente forte e mi domando se non sia stato non dico all'origine, ma coomunque uno dei tanti elementi che hanno favorito il progresso scientifico e lo sviluippo della medicina.
Conclusione
Philippe Ariès è scomparso nell’inverno 1983-84 a qualche mese dalla morte di chi l'aveva assistito nel corso di tutti i suoi lavori, la moglie cara, che non aveva potuto assistere, all'ultima apparizione televisiva di Ariès ad Apostrophes in uno speciale dedicato proprio al tema della morte in cui si trovava in compagnia di altri due grandi storici di questo argomento, Jean Delumeau e Michel Vovelle. Ariès ha così sofferto la perdita dell'altro dopo averla studiata per più di vent'anni..
Per un' ironia che solo il gioco delle coincidenze ha potuto produrre, Philippe Ariès sarà perseguitato sino alla fine dall'idea che gli altri si sono fatti della morte. Così il quotidiano Le Monde annunciando la scomparsa dello storico francese, recensiva accanto, nell'ultima pagina della sua edizione del 10 febbraio 1984, un'inchiesta recente condotta dall'Istituto Nazionale di Statistica che deve molto a quest'uomo così ingegnoso e minuzioso. Se un domani gli storici fossero in grado di disporre di documenti cifrati capaci di inserire gli stati d'animo dei francesi di fronte alla morte Philippe Ariès li inviterebbe a guardarsi bene dalle cifre,e al di là dei risultati Attenuti si interesserebbe senza dubbio anche alle ragioni delle diverse domande. Philippe Ariès infatti, come storico della società, almeno della rappresentazione dei fatti, si é sempre interessato al singolo, all'individuo, mostrando in un certo senso come la "Nouvelle histoire" di cui é stato, per il grande pubblico una delle figure più brillanti, non si ferma all'utilizzazione del computer e alla contabilizzazione delle sorti individuali ai fenomeni imponenti Ariès ha preferito l'analisi delle trasformazioni dello sguardo umano nel corso delle diverse tappe della nostra esistenza biologica. Un percorso il suo sul quale oggi numerosi giovani ricercatori si avventurano. Un'anticipazione in linea con la personalità di uno storico certamente irregolare, ma assolutamente eccezionale e singolare.